Le lendemain matin, à 8 heures précises, des coups violents m'ont tiré en sursaut de mon lit. Ce n'était pas le toc-toc hésitant d'Éléonore. C'était un martèlement lourd, officiel, autoritaire.
Le cœur battant la chamade, j'ai enfilé une robe de chambre et suis allé ouvrir.
Deux hommes en manteaux sombres se tenaient sur mon palier. L'un d'eux, un homme quinquagénaire au visage marqué par des années de terrain et aux yeux fatigués, a sorti un étui en cuir de sa poche intérieure.
— Capitaine Marc Vasseur, Police Judiciaire de Lyon, a-t-il déclaré d'une voix grave. Voici mon collègue, le lieutenant Morel. Monsieur Julien Delorme ?
— Oui... c'est moi. Qu'est-ce qui se passe ?
— Nous enquêtons sur la disparition d'Éléonore Mercier, votre voisine du 4B. Son employeur s'est inquiété de ne pas la voir depuis deux jours. Nous avons pénétré dans son appartement ce matin. Il est vide. Mais nous avons trouvé des éléments très troublants.
Un froid polaire m'a envahi.
— Disparue ? Mais... je l'ai vue il y a trois nuits ! Elle est venue me parler sur le palier !
Le capitaine Vasseur a échangé un regard lourd de sous-entendus avec son collègue. Il a sorti de sa veste un dossier plastifié contenant plusieurs photographies d'expertises scientifiques et des relevés de lignes téléphoniques.
— Monsieur Delorme, a dit le capitaine en s'approchant d'un pas, nous avons analysé le téléphone portable d'Éléonore Mercier ainsi que son journal intime trouvé sur son bureau. Ce que je vais vous dire risque de vous choquer, mais nous avons besoin de votre entière coopération.
Il a étalé les cartes d'identité, les relevés et une photo sous mes yeux. J'ai lu leurs cartes et, au fil des explications glaciales du policier, la vérité m'a frappé en plein visage comme une décharge électrique.
Chaque pièce du puzzle venait de s'assembler dans une horreur parfaite.
— Éléonore Mercier savait qu'elle était traquée par un prédateur, m'a expliqué le capitaine Vasseur. Un homme qui l'observait depuis l'immeuble d'en face à l'aide d'objectifs longue portée. Mais ce que vous ne savez pas, c'est que cet homme ne la visait pas seulement elle.
Le capitaine a fait une pause, pesant chaque mot.
— Éléonore a découvert que cet homme avait installé un dispositif de surveillance vidéo braqué directement sur la fenêtre de votre chambre, Julien. Il attendait que vous vous endormiez profondément, que toutes vos lumières s'éteignent et que vos rideaux soient ouverts... pour s'introduire chez vous par le balcon.
Le souffle m'a manqué. Mes jambes s'affaissaient.
— Elle... elle frappait à ma porte... murmurai-je, la voix étranglée.
— Oui, a confirmé le capitaine Vasseur avec une gravité sombre. Elle frappait deux fois chaque soir uniquement pour vous réveiller, pour vous forcer à vous lever et à rallumer la lumière. Elle savait que tant que vous étiez éveillé, l'homme en face ne tenterait rien. Elle risquait sa propre vie chaque fois qu'elle traversait le couloir pour vous garder en vie. Et quand vous lui avez demandé d'arrêter... elle a obéi.
Mon monde s'est effondré. Cette nuit-là, quand je l'avais forcée à promettre de ne plus frapper, je l'avais condamnée. Sa honte, ses larmes... ce n'était pas de la peur pour elle-même. C'était la culpabilité de devoir m'abandonner à mon sort.
— Mais ce n'est pas tout, Monsieur Delorme, a repris le lieutenant Morel d'une voix quasi spectrale en tirant une dernière pochette de son sac.
Le capitaine Vasseur m'a fixé intensément, les yeux plissés par une interrogation troublante :
— Nous avons trouvé ce mot adressé à votre nom sur la table d'Éléonore. Et nous avons vérifié le registre de l'immeuble d'en face... L'homme qui vous observait depuis des semaines... Julien, savez-vous quel est son nom ?
Mon cœur s'est arrêté de battre.
— Quel... quel nom ?
Le capitaine Vasseur a posé la photo d'un homme sur ma table.
— Il s'appelle Antoine Blanc. C'était le chirurgien responsable du bloc opératoire la nuit où votre fille Clarisse est morte sur la table d'opération... Et d'après le mot d'Éléonore, ce n'est pas une vengeance. C'est bien pire.






