L'impact de la pointe de fer sur le boîtier en aluminium de la batterie au lithium a produit une gerbe d'étincelles bleutées instantanée. La cellule chimique a gonflé en une fraction de seconde avant d'éclater dans une déflagration aveuglante d'un blanc pur.
L'onde de choc a rencontré les poches de gaz de méthane stagnant depuis des siècles dans les cavités supérieures des arêtes de poisson.
Une boule de feu orange a balayé le tunnel dans un rugissement assourdissant. La pression acoustique m'a projeté en arrière avec une force phénoménale, m'expulsant sur plusieurs mètres le long de l'arête principale comme une feuille morte balayée par une tempête.
Au-dessus de Vasseur, la voûte de briques fragilisée s'est effondrée d'un seul bloc. Des tonnes de pierres, de mortier, de briques et de terre compacte se sont abattues sur le monstre dans un fracas apocalyptique, l'ensevelissant sous une montagne de décombres infranchissable.
Le bruit de l'effondrement s'est répercuté à travers tout le réseau souterrain, faisant vibrer le sol jusqu'à la surface de la ville de Lyon.
Puis, le silence est revenu. Un silence total, lourd, absolu.
J'étais allongé sur le dos, le corps meurtri par l'impact, ma peau couverte de suie et de poussière de brique. Mes oreilles sifflaient frénétiquement, mais je respirais encore. L'onde de choc m'avait épargné de justesse, me rejetant en dehors de la zone d'éboulement direct.
Devant moi, le tunnel vers la rue Burdeau n'existait plus. Un mur de plusieurs mètres de briques effondrées et de terre rocheuse scellait définitivement la galerie, emprisonnant la dépouille de Vasseur sous les entrailles de la Croix-Rousse pour l'éternité.
Je me suis redressé péniblement, vérifiant mes membres. Rien n'était cassé. Je n'avais plus de lumière, plus de téléphone, mais au loin, dans la direction où Éléonore s'était enfuie, une lueur blafarde perçait l'obscurité.
Je me suis traîné vers cette lumière, m'appuyant contre les parois de briques de la galerie intacte.
Après cent mètres d'une marche aveugle et hésitante, je suis arrivé au grand collecteur d'eau. La lumière du jour — une lumière grise, pluvieuse, mais d'une beauté inestimable — descendait par un puits d'aération vertical équipé d'une échelle métallique aux barreaux rouillés.
En haut de l'échelle, la trappe en fonte donnant sur la surface était grande ouverte.
Assise sur le dernier barreau, baignée par la pluie fine qui tombait du ciel lyonnais, Éléonore m'attendait. Le lieutenant Morel était allongé à ses pieds sur le trottoir du quai Lassagne, entouré déjà par les gyrophares bleus de trois véhicules de secours qui venaient d'arriver sur les lieux.
Quand Éléonore m'a vu émerger de la pénombre du puits, son visage s'est éclairé d'une émotion si intense qu'aucun mot ne aurait pu la décrire. Elle a descendu les premiers barreaux de l'échelle et m'a tendu la main.
J'ai saisi ses doigts. Elle m'a hissé vers la surface.
Quand mes pieds ont touché le bitume mouillé du quai, j'ai levé les yeux vers le ciel de novembre. La pluie lavait la suie de mon visage, fraîche, déliée, purifiante. Les sirènes des ambulances, les voix des secouristes qui s'affairaient autour du lieutenant, le bruit de la circulation sur les ponts du Rhône... tout le tumulte du monde réel revenait à moi avec une force incroyable.
Des médecins de sapeurs-pompiers se sont précipités vers nous, nous enveloppant dans des couvertures de survie dorées.
— Vous êtes tirés d'affaire, Monsieur Delorme, me dit un médecin en contrôlant mes constantes. L'incendie de la rue Burdeau est sous contrôle. Les équipes de déblaiement ont sécurisé le périmètre.
Je regardai Éléonore. Elle tenait toujours dans sa hand droite le petit bloc de résine transparente qu'elle avait extrait de sa poche. Elle s'est approchée d'un inspecteur de la Police Fédérale qui venait d'arriver sur place et lui a remis le précieux échantillon sous scellés officiels.
— C'est fini, Julien..., chuchota-t-elle en se plaçant à mes côtés sous la couverture de survie. C'est enfin fini.
— Oui, répondis-je en observant les gouttes de pluie ruisseler sur le vitrage de l'ambulance garée le long du quai. C'est fini.
Mais alors que le médecin m'aidait à m'asseoir à l'intérieur du véhicule de secours, mon regard s'est posé sur le miroir rétroviseur latéral de l'ambulance.
Dans le reflet du verre mouillé par la pluie, à une cinquantaine de mètres derrière nous sur le pont Morand, une silhouette haute et mince se tenait immobile sous un parapluie noir.
L'homme tenait un téléphone portable à l'oreille. Et malgré la distance, malgré les gyrophares et la pluie, je pouvais distinguer le scintillement d'un badge métallique épinglé au revers de sa veste.
Le badge de la Direction Générale de la Santé Fédérale suisse.






