Pendant les trois jours qui ont suivi, plus rien.
Elle a tenu sa promesse. Plus aucun coup à ma porte. La rue Burdeau est restée plongée dans un silence lourd, presque surnaturel. J'aurais dû être soulagé. Après tout, n'était-ce pas ce que je voulais ? Retrouver un peu de paix dans cet appartement obscur ?
Pourtant, au lieu du soulagement, c'est une honte dévorante qui s'est emparée de moi. La honte d'avoir été dur avec cette femme manifestement brisée. La honte d'avoir exigé sa retraite alors que ses yeux criaient au secours. Chaque soir, je restais assis dans mon fauteuil, le regard fixe, à guetter le moindre bruit sur le palier. Mais le silence était absolu. Un silence plus assourdissant que n'importe quel cri.
Par précaution — ou peut-être par une paranoïa naissante instillée par son avertissement —, j'ai fermé mes rideaux occultants et j'ai fermé la porte à double tour. La lumière du couloir, visible sous ma porte, continuait de vaciller pendant des heures entières dehors, comme un battement de cœur agonisant.
Pourquoi voulait-elle que mes rideaux restent fermés ? Que se passait-il dans cette rue une fois la nuit tombée ?
Le jeudi soir, n'y tenant plus, j'ai approché mon visage de la fenêtre de mon salon. Malgré la consigne d'Éléonore, l'insoutenable curiosité humaine m'a poussé à écarter le tissu de quelques millimètres. Dehors, la rue étroite était déserte. Les pavés luisaient sous la pluie fine. Rien à signaler. Pas une ombre, pas une voiture. Juste un chat noir glissant sous une travée. Je me suis senti ridicule. Une femme perturbée m'avait contaminé avec ses délires.
Je me suis couché. Pour la première fois depuis des mois, je me suis assoupi d'un sommeil lourd, presque comateux. Un sommeil sans rêves, sans la vision lancinante de ma pauvre Clarisse.






