LE BRACELET DU DESTIN
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LE BRACELET DU DESTIN

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Le néon de l’ascenseur de la maternité de la clinique Sainte-Marguerite clignotait faiblement, projetant une lumière blafarde sur les murs blancs. À l'intérieur, l'atmosphère était lourde, presque suffocante. J'venais de passer quatre heures interminables en salle de travail, et chaque fibre de mon corps réclamait désespérément un peu de repos dans ma chambre.

Mais ce repos, on allait me l'arracher de la plus cruelle des manières.

Dans l'ascenseur de la maternité, une inconnue m'a suppliée d'échanger nos bracelets.

Elle serrait un nouveau-né contre son manteau et tremblait si fort que les portes vibraient. Elle a soufflé : "Prenez le bracelet de mon bébé. Dites que le vôtre est le miens. Je vous en supplie."

Ses yeux étaient injectés de sang, cernés de violet, hantés par une peur panique qui semblait tout droit sortie d'un cauchemar éveillé. Le petit être emmitouflé dans sa veste sombre ne poussait pas le moindre cri, comme s'il était lui aussi pétrifié par l'angoisse de cette femme.

J'ai reculé d'un pas, plaquant mon dos contre la paroi froide de la cabine. Mon propre cœur battait à tout rompre dans ma poitrine. J'ai répondu : "Madame, c'est impossible."

J'ai appuyé deux fois sur mon étage et fixé le mur jusqu'à ce qu'elle cesse de pleurer. Le silence qui a suivi a été d'une lourdeur insoutenable. Elle n'a plus rien dit, mais ses larmes mouillaient le col de son manteau dans un silence de mort.

Lorsque la porte s'est ouverte sur mon étage, un vigile que j'avais alerté d'un regard désespéré est intervenu promptement. Un vigile l'a raccompagnée dehors une minute plus tard. Alors que je regagnais péniblement mon couloir, l'infirmière en chef m'a souri pour me rassurer. L'infirmière m'a remerciée d'être restée calme et m'a dit que cette femme n'avait jamais accouché dans cet établissement.

Une vague de frissons m'a parcourue. Jamais accouché ici ? Alors, ce bébé... à qui appartenait-il ? D'où venait-il ?

Je suis remontée dans ma chambre, presque fière de moi. J'avais fait preuve de sang-froid face à une déséquilibrée. Je me suis allouée un moment de répit, persuadée que cette histoire folle s'arrêterait ta, classée au rang des faits divers d'un hôpital de nuit. Mon mari, Thomas, m'avait envoyé un message pour dire qu'il viendrait tôt le matin avec un bouquet de roses blanches. Tout semblait reprendre un cours normal.

Le lendemain matin, j'ai lu le nom sur la fiche du berceau de ma fille et je me suis figée. C'était celui de l'inconnue, pas le mien...