La Terre qu’on ne peut oublier
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La Terre qu’on ne peut oublier

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Les lumières bleues des gyrophares balayèrent la voûte de la cavité à travers l'ouverture de la pelouse. Des voix autoritaires retentirent d'en haut, brisant le bruit mécanique de la pompe à béton.

« Gendarmerie nationale ! Coupez immédiatement les moteurs ! Coupez tout ! »

Au-dessus, un cri de fureur s'échappa de la gorge d'Arthur. Le jet de mortier s'arrêta net. Le silence qui suivit fut presque irréel, troublé seulement par le goutte-à-goutte du béton frais qui ruisselait sur les parois rocheuses.

« Il y a une femme coincée là-dedans ! » hurla la voix de Gilles d'en haut. « Faites vite, le béton monte ! »

Quelques secondes plus tard, la tête d'un gendarme muni d'une torche puissante apparut au bord de la crevasse. Le faisceau lumineux balaya la fosse, éclairant Hélène qui se tenait debout, de l'eau grise et du béton jusqu'aux mollets, serrant fermement le boîtier étanche d'Élodie contre sa poitrine.

« Madame ! Ne bougez pas ! On descend une échelle de secours ! » cria le militaire.

Une échelle en duralumin fut glissée le long de la paroi de terre. Un secouriste descendra rapidement pour aider Hélène à se hisser vers la surface. Malgré la douleur à son épaule et l'épuisement qui alourdissait ses membres, Hélène refusa de lâcher le boîtier d'acier.

Lorsqu'elle émergea enfin à l'air libre, le spectacle sur la pelouse des Aubépines était saisissant.

Trois voitures de gendarmerie et un véhicule du parquet encerclaient le chantier improvisé. Arthur était plaqué contre le capot de sa propre berline noire, les poignets enserrés dans des menottes en acier. Son visage, d'ordinaire si lisse et arrogant, était défiguré par la rage et la panique. Un magistrat en costume sombre, l'ancien collègue qu'Hélène avait appelé depuis sa voiture, supervisait la scène.

« Hélène ! Mon Dieu, Hélène ! » Gilles se précipita vers elle, lui entourant les épaules d'une couverture de laine apportée par un voisin. Le vieil homme pleurait sans retenue. « Vous êtes vivante... »

« Nous avons réussi, Gilles », murmura-t-elle, les dents claquant sous l'effet du choc thermique et de l'émotion.

Elle s'avança lentement vers le substitut du procureur, délaissant les secouristes qui voulaient l'examiner. Elle posa la boîte étanche sur le capot de la voiture de police, juste à côté de la sacoche de cuir qu me gendarme avait récupérée des mains d'Arthur.

« M. le Substitut », dit Hélène d'une voix rauque mais empreinte d'une gravité solennelle. « Ce boîtier contient le dernier registre d'Élodie Laurent. Et au fond de cette fosse, sous cette couche de pollution toxique enfouie par la société Mercier, repose le corps de la victime. »

Arthur se débattait contre les gendarmes qui le maintenaient. « Ce sont des mensonges ! Cette femme est folle ! Mon père n'a rien à voir avec ça, et moi non plus ! C'est un accident de chantier ! »

Le substitut du procureur ouvrit délicatement la boîte étanche. À l'intérieur, le registre papier avait été parfaitement préservé de l'humidité. Les dernières pages contenaient non seulement l'analyse des solvants enfouis, mais aussi une déclaration signée par Élodie datée de la nuit de sa disparition, désignant nommément le père d'Arthur comme son agresseur et maître chanteur.

Le magistrat leva des yeux sombres vers Arthur. « Maître Mercier, vos activités de terrassement d'urgence s'arrêtent définitivement ici. Vous êtes placé en garde à vue pour tentative d'homicide, recel de cadavre, destruction de preuves et mise en danger de la vie d'autrui. »

Pendant qu'on faisait monter Arthur à l'arrière du panier à salade, celui-ci jeta un dernier regard brisé vers la pelouse ravagée. L'empire de sa famille s'effondrait au moment même où il pensait le sceller à jamais.

Cependant, alors que les secours commençaient à installer des périmètres de sécurité renforcés autour de la fosse, le géologue de la préfecture qui venait d'arriver sur les lieux examina les mesures de pression du sol avec un visage sombre.

Il s'approcha du substitut et d'Hélène. « Madame, Monsieur... L'injection partielle de béton et la rupture de la roche sous-jacente ont déstabilisé l'ensemble du réseau souterrain. La cavité est en train de s'étendre sous les fondations des maisons environnantes. »

Le sol sous les pieds d'Hélène émit alors un nouveau gémissement sinistre, beaucoup plus profond que les précédents.