L'atmosphère dans le camion de commandement redeving subitement tendue. L'arrestation d'Arthur n'était apparemment que la partie visible d'un réseau plus vaste.
« Arthur ne travaillait pas seul », déclara Hélène, la voix glacée par une intuition soudaine. « Quelqu'un d'autre connaissait l'existence de l'atelier du moulin. Quelqu'un qui surveillait Élodie bien avant sa disparition. »
Le substitut du procureur ordonna immédiatement le déploiement d'un groupe d'intervention vers la colline du moulin. « Madame Hélène, Monsieur Gilles, vous restez ici sous protection. C'est trop dangereux. »
« Non », répliqua Gilles avec une poigne d'acier sur le bord de la table. « C'est l'atelier d'Élodie. Je connais chaque pierre de ce moulin. Si votre équipe d'intervention arrive avec des sirènes, quiconque se trouve là-bas s'enfuira par les anciennes galeries de meule sous la colline. Seul moi sais comment bloquer ces sorties. »
Hélène se leva à son tour, malgré sa fatigue extrême. « Je viens aussi. Cette clé m'a été léguée. C'est mon devoir d'aller jusqu'au bout. »
Voyant la détermination inébranlable des deux septuagénaires, le magistrat capitula. « Très bien. Mais vous resterez dans le véhicule blindé à l'arrière des effectifs de sécurité. »
Trois véhicules de gendarmerie s'élancèrent en silence, sans avertisseurs sonores, serpentant le long de la petite route forestière qui montait vers la colline. La brume matinale s'épaississait sous les grands pins, créant un décor fantomatique.
Au sommet de la colline se dressait la silhouette massive du vieux moulin en pierre, ses pales en bois dégarnies se découpant sur le ciel gris. Devant l'entrée principale, une berline grise non immatriculée était garée dans les hautes herbes, son coffre ouvert.
Les gendarmes progressèrent en formation tactique, entourant le bâtiment. Hélène et Gilles observaient la scène depuis la vitre renforcée du véhicule de tête.
Soudain, la porte en chêne du moulin s'ouvrit violemment. Un homme vêtu d'un long manteau sombre sortit en courant, portant sous son bras deux grandes valises métalliques renforcées.
Gilles laissa échapper un hoquet de stupeur en reconnaissant l'individu sous la lumière crue du matin.
« C'est impossible... » murmura Gilles, la voix brisée par une nouvelle trahison. « Pas lui... »
« Qui est-ce, Gilles ? » demanda Hélène, le cœur battant à tout rompre.
« C'est le maire de l'époque... Gabriel ! L'archiviste de la ville ! »
Hélène resta pétrifiée. Le vieil archiviste voûté et sympathique qui l'avait accueillie la veille avec ses petites lunettes rondes et son ton compatissant n'était autre que le véritable cerveau politique derrière les manipulations foncières des Mercier. C'était lui qui avait conservé les accès aux documents confidentiels, ajustant les registres municipaux au fil des années pour couvrir les pistes d'Arthur.
« Halte ! Gendarmerie ! Ne bougez plus ! » hurlèrent les militaires en surgissant des fourrés, armes sommées.
Gabriel s'arrêta net, lâchant les deux valises qui s'ouvrèrent dans leur chute. Des liasses de billets de banque en devises étrangères et des microfilms originaux du cadastre de 1999 s'éparpillèrent sur l'herbe mouillée.
Voyant qu'il était cerclé, le visage du vieil archiviste se déforma dans un rictus de désespoir. Il ne chercha pas à s'emparer d'une arme, mais se tourna vers la falaise rocheuse qui surplombait la vallée derrière le moulin.
« Vous n'aurez jamais tout ! » cria Gabriel d'une voix hystérique. « Les Mercier n'étaient que des exécutants ! C'est moi qui ai construit cette ville ! »
Il fit trois pas rapides vers le bord du précipice.






