La Terre qu’on ne peut oublier
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La Terre qu’on ne peut oublier

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Dans un réflexe désespéré, Hélène jeta la sacoche en cuir sur le gazon intact en contrebas tandis que son corps glissait le long de la paroi de terre meuble. Un cri de terreur s'échappa de sa gorge alors qu'elle s'enfonçait dans la cavité sombre.

Elle atterrit lourdement trois mètres plus bas sur un sol spongieux et inégal, le choc lui coupant le souffle. Une douleur aiguë lui traversa l'épaule gauche, mais par miracle, aucun os ne semblait brisé.

Au-dessus d'elle, la lumière du jour s'infiltrait par l'ouverture béante de la pelouse découpée.

« Hélène ! » cria la voix de Gilles depuis la surface, suivi du bruit d'une bousculade. Le vieil homme, trouvant une force insoupçonnée dans le désespoir, avait repoussé l'ouvrier pour s'approcher du bord.

« Ne bougez pas, je suis là ! » répliqua-t-elle d'une voix rauque, en essayant de se relever.

Arthur se pencha au-dessus de la cavité, le visage déformé par une haine pure. Il tenait désormais la sacoche de cuir qu'Hélène avait lâchée dans sa chute.

« Vous vouliez voir le secret d'Élodie de plus près, Hélène ? » cracha Arthur depuis le haut. « Vous voilà servie. Vous êtes au fond du trou. Et personne ne viendra vous en sortir. »

Il se tourna vers l'opérateur de la pompe à béton. « Coulez le mortier ! Tout de suite ! »

« Mais Maître, il y a une dame là-dessous ! » s'écria le conducteur d'engin, horrifié. « Je ne vais pas couler du béton sur quelqu'un ! »

« Je vous paye pour exécuter mes ordres ! » hurla Arthur en tirant un chèque de sa veste. « Faites-le ou vous êtes ruiné ! »

Pendant ce temps, au fond de la cavité, l'œil d'Hélène s'habituait à l'obscurité poisseuse. L'odeur chimique était asphyxiante, un mélange de pétrole lourd et d'acide décomposé. En se tournant vers le fond de la galerie naturelle qui s'enfonçait sous la maison de Gilles, elle vit les alignements de fût industriels rouillés écrasés sous la roche.

Mais ce n'était pas tout.

Au fond du renfoncement, à demi recouvert par une bâche en plastique effilochée, reposait le cadre en aluminium tordu d'un vélo d'arpenteur, et à côté, un sac à dos d'ingénieur flanqué du logo de la mairie de 1999.

Hélène s'avança en boitant vers ces objets. En soulevant délicatement la bâche poussiéreuse, son cœur se serra d'une profonde tristesse. Sous la protection de la toile plastique posée là comme un linceul improvisé, reposaient les restes tragiques d'Élodie, préservés du temps par l'atmosphère confinée de la caverne. Et entre ses mains squelettiques, elle serrait encore un registre d'intervention scellé dans un boîtier étanche.

Élodie n'avait jamais quitté les Aubépines. Elle avait été précipitée ici quinze ans plus tôt, abandonnée par le père d'Arthur pour préserver son empire de mensonges.

Soudain, un grondement sourd retentit au-dessus. Un jet d'un gris liquide et lourd s'engouffra par l'ouverture de la fosse, s'écrasant avec fracas sur les rochers à seulement deux mètres d'Hélène. Arthur avait pris lui-même les commandes de la lance d'injection.

Le béton fluide commençait à se répandre rapidement sur le sol de la cavité, montant le long des fûts toxiques et menaçant d'engloutir les preuves et Hélène avec elles.

« Arthur, arrêtez ! » hurla la voix de Gilles.

Hélène ramassa la boîte étanche des mains d'Élodie et chercha désespérément une issue vers l'arrière de la cavité, mais la galerie s'étranglait dans un éboulis impraticable. Le niveau du béton montait à une vitesse terrifiante, atteignant déjà ses chevilles.

C'est alors qu'un sirène hurlante déchira le silence du quartier, suivie immédiatement par le crissement caracteristique de plusieurs véhicules de gendarmerie s'arrêtant sur la pelouse.