Hélène refusa de laisser transparaître la moindre terreur face à la présence intimidante d'Arthur dans la salle silencieuse des archives. Elle referma posément le carton de documents, gardant jalousement le rapport d'Élodie sous sa paume.
« Je ne fais que chercher la vérité sur ma propre maison, Maître », répondit-elle d’un ton ferme. « Ce qui rampe sous les pierres semble beaucoup vous inquiéter. Auriez-vous quelque chose à cacher, vous aussi ? »
Arthur esquissa un sourire méprisant, ajusta son col de chemise et s'approcha d'un pas lent. « Mon seul rôle est de défendre les intérêts de Monsieur Gilles. Et je vous conseille vivement d'accepter l'arrangement financier que nous allons vous proposer. Sinon, la procédure juridique va vous ruiner en frais d'expertise. Vous n'avez ni les moyens ni la force de mener cette guerre. »
« Ce n'est pas une question d'argent », coupa Hélène en se levant. « C'est une question de mémoire et de justice. »
Elle récupéra ses affaires, remit le dossier à Gabriel qui les observait d'un air inquiet depuis son comptoir, et quitta précipitamment le bâtiment. L'air frais de la fin d'après-midi lui fit du bien, mais un sentiment d'urgence l'envahit. Il fallait qu'elle parle directement à Gilles. Pas au voisin menaçant de ces dernières semaines, mais à l'homme qu'elle avait côtoyé pendant des années.
De retour dans son quartier, le soleil déclinait, teintant le ciel de teintes pourpres et orangées. Hélène ne passa pas par sa porte d'entrée. Elle marcha d'un pas décisif à travers la pelouse disputed, foulant cette herbe douce sous laquelle s'étendait le mystère de l'aven écroulé.
Elle s'avança jusqu'à la terrasse de Gilles. La porte fenêtre du salon était entrouverte. Gilles était assis dans un vieux fauteuil en cuir, tenant dans ses mains rêches un cadre photo qu'il contemplait en silence.
Hélène frappa doucement contre le montant de la porte. Gilles ne tressaillit pas. Il leva simplement les yeux, l'air épuisé, les traits creusés par une fatigue ancienne.
« Entrez, Hélène », dit-il d'une voix éteinte. « Je savais que vous viendriez. »
Hélène pénétra dans le salon. L'atmosphère y était lourde, impregnée d'une odeur de vieux papier, de pipe effacée et de nostalgie. Elle s'arrêta à deux mètres de lui.
« Gilles, j'ai été aux archives. Je sais pour Élodie. Je sais qu'elle ne s'est pas éteinte à l'hôpital. Et je sais ce qu'il y a sous cette pelouse. »
Gilles ferma les yeux un long moment. Un tremblement imperceptible agita ses mains. Lorsqu'il les rouvrit, des larmes de détresse brillaient dans ses pupilles embrumées.
« Élodie... » chuchota-t-il. « Elle voulait tout révéler. Elle ne pouvait plus vivre avec cette faute. »
« Quelle faute, Gilles ? De quoi parlez-vous ? »
Gilles posa la photo sur la petite table basse. C'était la photo de la jeune femme souriante qu'Hélène avait vue dans la boîte en bois.
« Il y a quinze ans, lorsque la compagnie immobilière pour laquelle travaillait Arthur — enfin, le père d'Arthur à l'époque — a voulu étendre le lotissement des Aubépines, Élodie a découvert la cavité. C'était une faille instable. Si le promoteur l'avouait, le terrain ne valait plus rien. Des millions d'euros étaient en jeu. Le père d'Arthur a exercé des pressions terribles sur elle. Des chantages, des menaces sur notre famille. Il l'a forcée à falsifier le second rapport pour déclarer le sol constructible. »
Hélène retint son souffle. « Et Élodie a accepté ? »
« Elle a cédé une fois, sous la peur », dit Gilles, la voix brisée. « Mais le remords l'a rongée. La nuit de sa disparition, elle était venue ici, sur ce morceau de terrain. Elle avait apporté les preuves de la fraude et comptait aller voir le procureur le lendemain matin. Mais cette nuit-là... un homme est venu la voir. »
Gilles se leva péniblement et s'approcha de la fenêtre, observant le jardin qui s'enfonçait dans la pénombre du soir.
« Cet homme, c'était le père d'Arthur. Ils se sont disputés sauvagement sur la pelouse. J'étais absent, parti en déplacement. Quand je suis rentré au petit matin, Élodie avait disparu. On a retrouvé son écharpe près de la rivière... La police a conclu à un suicide ou un accident. Mais je sais qu'elle n'a jamais quitté cette parcelle, Hélène ! »
Hélène sentit une vague d'horreur l'submerger. « Qu'est-ce que vous dites, Gilles ? »
Gilles se turned vers elle, le visage déformé par la douleur. « Je pense que la faille sous la pelouse n'est pas seulement un risque géologique. Je pense que le père d'Arthur y a fait disparaître son corps cette nuit-là ! Et aujourd'hui, le fils Arthur veut récupérer le terrain pour y couler une dalle de béton armé et sceller le secret à jamais sous un programme immobilier ! »
Au même instant, un bruit de moteur retentit dans l'allée. De puissants phares balayèrent le salon sombre. Une voiture venait de s'arrêter devant la maison, et le claquement sec d'une portière déchira le silence de la nuit tombante.






