Un an plus tard.
Le soleil de mai brillait d'un éclat d'or pur sur le quartier des Aubépines. L'atmosphère de désolation qui avait régné l'année précédente avait laissé place à une transformation spectaculaire.
Grâce aux fonds saisis sur le patrimoine des Mercier et de l'ancien maire Gabriel — tous deux condamnés à de lourdes peines de prison ferme lors d'un procès retentissant qui avait défrayé la chronique nationale —, la zone polluée avait été entièrement dépolluée par des équipes spécialisées de l'État. Les fûts toxiques avaient été retirés, les cavités sécurisées par des ingénieurs environnementaux, et la terre stérile avait été remplacée par un humus fertile.
À l'emplacement exact où se dressaient autrefois les pavillons d'Hélène et de Gilles, emportés par l'effondrement, s'étendait désormais le Parc Mémorial Élodie-Laurent.
Conformément aux volontés exprimées dans le testament réhabilité d'Élodie, le terrain ne pouvait plus jamais faire l'objet d'aucune construction immobilière. C'était devenu un espace vert public majestueux, bordé d'érables, de parterres de fleurs multicolores et de chemins de promenade en pierre naturelle.
Au centre du parc, là où se trouvait autrefois la fameuse bande de quatre mètres de pelouse contestée, se dressait une stèle en granit sobre sur laquelle était gravée la phrase trouvée sur le tableau du moulin : « La terre appartient à ceux qui la protègent. »
À côté du parc, deux ravissantes maisons de plain-pied neuves, bâties aux normes écologiques les plus modernes, avaient été construites pour Hélène et Gilles par la municipalité réformée.
Ce dimanche matin, le silence paisible du parc fut doucement interrompu par un bruit familier, mais cette fois dépourvu de tout mystère ou de toute menace : le murmure régulier d'une tondeuse électrique silencieuse.
Gilles, vêtu de son éternel tablier de jardinage, poussait l'appareil le long des allées avec un léger sourire aux lèvres. Ses traits s'étaient détendus, ses yeux avaient retrouvé leur éclat d'autrefois.
Hélène sortit de sa nouvelle véranda, portant un plateau sur lequel fumaient deux tasses de café chaud et une assiette de croissants frais.
« Gilles ! » appela-t-elle avec une chaleur joyeuse. « Laissez cette tondeuse un moment ! Le café va refroidir ! »
Le vieil homme coupa le moteur de l'appareil et s'avança d'un pas alerte vers la table de jardin installée sous le grand cerisier du parc.
« Vous savez, Hélène », dit Gilles en s'asseyant et en prenant sa tasse avec gratitude, « chaque fois que je contemple cet endroit, j'ai l'impression qu'Élodie veille sur nous. Ce parc est exactement ce qu'elle voulait transmettre. »
« Elle a sauvé notre communauté, Gilles », répondit Hélène en regardant les premiers promeneurs du matin qui s'installaient sur les bancs de bois du parc. Des enfants riaient en courant sur l'herbe tendre. « Et nous avons honoré sa mémoire. »
Un jeune homme en costume sombre s'avança alors le long de l'allée principale du parc. Ce n'était pas un avocat de la firme Mercier, mais le jeune greffier qui avait assisté Hélène lors du grand procès. Il tenait à la main une enveloppe officielle ornne du sceau de la justice.
« Madame Hélène, Monsieur Gilles », dit le jeune homme avec un profond respect en leur tendant le pli. « Je vous apporte l'acte définitif de clôture juridique. La restitution foncière est totalement achevée. Vous êtes désormais les administrateurs perpétuels de la Fondation Élodie-Laurent. »
Hélène prit le document. Il n'y avait plus d'avocats suspects, plus de menaces au bord de la crevasse, plus de doutes sur les limites de propriété.
La terre qu'ils avaient défendue au péril de leur vie était enfin en paix. La terre qu'on ne pouvait oublier était devenue la terre que personne ne pourrait plus jamais souiller.
Hélène leva ses yeux vers le ciel bleu limpide du printemps, laissant une larme de pure gratitude glisser le long de sa joue, tandis que le vent doux faisait chanter les feuilles des arbres du nouveau parc.






