Le docteur Vane continua de sourire, un sourire glacial qui me donnait des envies de meurtre. — Vous pensez que l'échange de bébés à l'hôpital Saint-Pierre relève de la simple inattention, n'est-ce pas ? Une erreur de panique d'une pauvre femme déséquilibrée ? Laissez-moi vous détromper, Madame Bernard. Il activa une tablette tactile sur son bureau, projetant des documents sur un écran mural. Des graphiques, des contrats, des relevés bancaires... et des photos. Notamment une photo de mon ex-mari, Marc, souriant aux côtés d'une femme élégante dans un bureau luxueux. Mon souffle se bloqua dans ma gorge. — Marc ? qu'ai-je murmuré, incrédule. Qu'est-ce qu'il vient faire là-dedans ? — Votre ancien époux, avant de disparaître mystérieusement il y a six mois, a contracté des dettes astronomiques auprès de nos fonds d'investissement privés, expliqua Vane d'une voix monocorde, comme s'il lisait un simple rapport météorologique. Pour éponger ses dettes, ou plutôt pour éviter des conséquences judiciaires désastreuses, un accord a été scellé. Un accord portant sur la lignée génétique. L'Institut Gauthier mène des recherches cliniques très spécifiques sur des profils biologiques rares. Votre enfant... et l'enfant d'une autre de nos donatrices sous contrat, la femme que vous avez croisée, étaient au cœur de cette transaction. — Une transaction ? Des bébés ? C'est illégal ! C'est abject ! ai-je crié en me levant d'un bond, la chaise raclant violemment le sol. Vous m'avez volé mon enfant pour payer les dettes de cet vaurien de Marc ? — Ne dramatisez pas, coupa Vane en fronçant légèrement les sourcils. Disons que les contrats parentaux comportent parfois des clauses d'ajustement que les mères désertant les programmes tentent de saboter. La femme que vous avez rencontrée, la vraie mère d'Emma, a pris peur au dernier moment. Elle a voulu récupérer son bébé dans l'ascenseur en vous suppliant d'inverser les bracelets. Mais elle a commis une erreur en s'enfuyant. Et vous, par réflexe de protection, vous avez ramené Emma chez vous, croyant protéger votre propre chair. Les pièces du puzzle s'assemblèrent dans mon esprit avec une clarté douloureuse et terrifiante. Marc n'avait pas seulement fui ses dettes ; il avait vendu notre enfant à naître dans le cadre d'un protocole scientifique occulte. Et la femme de l'ascenseur était une autre victime de ce système inhumain, une mère qui tentait de reprendre ce qui lui appartenait de droit. — Où est Clémence ? demandai-je, les larmes coulant abondamment sur mes joues, la rage et le désespoir se livrant une guerre sans merci en moi. Où est ma fille ? — Elle est ici, dans le bâtiment sécurisé du sous-sol, répondit Vane avec un calme effrayant. Prête à être intégrée au protocole final. À moins que... vous ne choisissiez de coopérer.

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