La camionnette filait à toute allure sur le périphérique parisien, slaloomant dangereusement entre les camions sous une pluie battante qui réduisait la visibilité à quelques mètres. À l'arrière, ballottée sur des cartons et de vieux chiffons, je berçais Clémence qui, contre toute attente, s'était endormie, épuisée par ces heures de tumulte. Devant, la femme conduisait d'une main ferme, ses phalanges blanches serrant le volant élimé. — Ça va ? lança-t-elle sans quitter la route des yeux, sa voix tremblant encore d'adrénaline. Le bébé va bien ? — Oui, elle dort... murmurai-je, les larmes aux yeux en caressant la joue minuscule de ma fille. Merci. Sans vous, je ne serais jamais sortie d'Ici vivante... ni avec elle. Comment vous appelez-vous ? — Juliette, répondit-elle brièvement. Et toi... tu t'appelles Sarah, n'est-ce pas ? J'ai vu ton dossier dans les mains de ces salauds à l'hôpital. — Juliette... Pourquoi ? Pourquoi vous ont-ils fait ça ? Qu'est-ce qu'ils voulaient ? Juliette soupira profondément, un sanglot étouffé secouant ses épaules. — Des cobayes. Des profils génétiques spécifiques issus de mères isolées, vulnérables, que personne ne viendrait chercher. Mon mari a signé des papiers sous la contrainte, croyant régler des dettes de jeu. Quand j'ai compris qu'ils allaient m'arracher mon bébé à la naissance — Emma — pour leurs recherches cliniques, j'ai fugué. J'ai réussi à échanger les berceaux à la maternité de Saint-Pierre pour brouiller les pistes, espérant que tu... que quelqu'un protégerait Emma en pensant que c'était son propre enfant, pendant que je cherchais de l'aide. Je savais que l'Institut viendrait la chercher chez toi aussi. C'est pour ça que je t'ai appelée. Le puzzle s'assemblait enfin dans toute son horreur. Juliette n'était pas folle ; c'était une mère brisée qui avait tout sacrifié pour sauver son enfant, quitte à bouleverser ma vie. — Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? demandai-je, l'angoisse me serrant de nouveau la gorge. Ils ne nous laisseront jamais tranquilles. L'Institut a des bras partout, même dans la police. — On ne va pas à la police, dit Juliette avec un regard résolu. On va là où ils ne pourront jamais nous trouver. Chez une vieille amie, ancienne avocate spécialisée dans les dossiers classés. Elle a les preuves contre leur réseau. Mais pour cela... il faut qu'on récupère Emma. Mon cœur se figea. J'avais laissé Emma chez Madame Dubois, ma voisine, en partant. Si l'Institut avait déjà retracé mes pas... — Oh non... murmurai-je, terrifiée. Je l'ai laissée chez moi. Si Vane a envoyé ses hommes...

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