LE BRACELET DU DESTIN
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LE BRACELET DU DESTIN

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Les jours dans cette cellule se sont égrenés sans repères temporels. Le seul moyen que j'avais de mesurer le temps était le passage quotidien d'un gardien taciturne qui glissait une écuelle de bouillie insipide et une bouteille d'eau tiède à travers la trappe de la porte. Chaque bouchée me soulevait le cœur, mais je me forçais à avaler cette mixture pour maintenir mon corps en vie. Je devais tenir. Je devais m'échapper.

Un soir — du moins, ce que mon corps fatigué interprétait comme le soir —, la trappe s'est ouverte, mais au lieu du bruit de vaisselle habituel, une main fine a glissé un petit objet métallique sur le sol en béton.

J'ai sursauté, retenant mon souffle. J'ai rampé rapidement vers la porte et j'ai ramassé l'objet. C'était un trombone métallique déplié, grossièrement façonné en crochet de serrurier miniature.

Une voix chuchotée, rauque et discrète, est parvenue de l'autre côté de la porte :

— Ne faites pas de bruit. Restez immobile.

C'était la voix du gardien silencieux, ce colosse aux traits bourrus qui m'ignorait depuis mon arrivée. Mon cœur s'est mis à battre la chamade. Était-ce un piège ? Allait-on m'exécuter sous prétexte de tentative d'évasion ?

— Pourquoi vous faites ça ? ai-je chuchoté à travers la fente, les lèvres collées au métal froid.

— Je m'appelle Marc, a répondu la voix, toujours aussi basse. J'étais le garde du corps de la famille Kovalevski avant qu'ils ne se fassent décimer par le consortium. J'ai vu ce qu'ils ont fait à Elena, et j'ai vu ce qu'ils vous font. On ne peut pas laisser gagner ces monstres. Utilisez ce trombone pour crocheter la serrure du verrou supérieur quand le changement de quart aura lieu dans dix minutes. Je laisserai la porte du fond du couloir déverrouillée. Sortez par le parking souterrain. Un véhicule vous attendra.

— Et ma fille ? Et Elena ? ai-je haleté, les larmes aux yeux.

— Elena a disparu le soir de l'accouchement, personne ne sait si elle est encore en vie, a murmuré Marc. Mais votre fille est retenue dans la villa principale du directeur du consortium, sur les hauteurs de Nice. Si vous voulez la ravir, il vous faut d'abord sortir d'ici vivante. Dépêchez-vous !

Les pas lourds de Marc se sont éloignés à grand pas dans le couloir, résonnant comme un compte à rebours macabre. J'ai pris le trombone entre mes doigts tremblants. Je n'avais aucune notion de crochetage, mais la rage et la survie dictaient mes gestes. Je me suis agenouillée devant la serrure de la lourde porte en acier, insérant le petit fil de fer dans le mécanisme rudimentaire.

Le premier essai s'est solué par un glissement raté qui a failli me faire lâcher l'outil. J'ai fermé les yeux, respiré profondément, inspirant l'air vicié de la cellule pour calmer mes tremblements. J'ai réessayé, guidée par l'instinct. Clic. Un premier petit déclic métallique a résonné dans le silence.

Encouragée par ce minuscule succès, j'ai poussé un peu plus loin. Clic. Le second verrou a cédé avec un grincement étouffé.

J'ai renié ma peur, poussé la porte de toutes mes forces. Elle s'est ouverte sur un couloir sombre, baigné d'une lueur orange d'urgence. Personne en vue. Le couloir était désert. À l'autre bout, une porte de secours battait légèrement sous un courant d'air frais. La liberté m'appelait, mais je savais que chaque seconde me rapprochait d'une mort certaine si l'on découvrait ma fuite.