L'aube commençait à peindre le ciel de traînées roses et dorées lorsque la camionnette de Marc s'est garée dans un sous-bois touffu, à quelques centaines de mètres d'une somptueuse propriété fortifiée perchée sur les hauteurs de Cannes. Des grilles en fer forgé surmontées de caméras de surveillance protégeaient ce domaine somptueux entouré de cyprès centenaires.
— C'est ici, a chuchoté Marc en coupant le moteur. La villa du grand patron du consortium, Victor Vance. C'est là qu'on centralise tous les dossiers, et c'est très probablement là qu'on cache les enfants avant leur transfert international par jet privé.
Je suis descendue de la camionnette, sentant la bise matinale me glacer la peau à travers ma veste empruntée. Mes jambes étaient engourdies, mais mon esprit était plus aiguisé qu'une lame de rasoir.
— Comment on entre ? Il y a des gardes partout, ai-je observé en pointant du doigt les rondes régulières des vigiles en uniforme noir.
Marc a sorti un sac à dos tactique de derrière les sièges, en extrayant une tablette dotée d'une antenne parabolique miniature et une paire de jumelles à vision nocturne.
— J'ai piraté les codes d'accès secondaires du système de sécurité de la villa grâce à mes anciens contacts, a expliqué Marc avec un sourire énigmatique. Il y a une faille dans le réseau d'arrosage automatique du jardin nord. Pendant trente secondes, les caméras de ce secteur passent en mode maintenance à 06h15 pile. C'est notre unique fenêtre de tir.
Nous avons attendu en silence, les yeux rivés sur le cadran de la montre de Marc. Les secondes s'égrenaient avec une lenteur insupportable. Le soleil montait doucement à l'horizon, embrasant la mer Méditerranée au loin.
— Trois, deux, un... C'est parti, a murmuré Marc.
Nous avons jailli du sous-bois comme des ombres, traversant la pelouse impeccable en silence. Arrivés au pied du mur d'enceinte, Marc m'a fait la courte échelle. Je me suis hissée en haut, basculant de l'autre côté dans les parterres de fleurs exotiques, imitée une seconde plus tard par le colosse.
Nous étions dans l'enceinte de la villa.
En rampant le long des façades en marbre blanc, nous avons atteint une grande porte coulissante en verre fumé menant à l'arrière-cuisine. Marc a sorti un petit boîtier électronique de sa poche, l'a branché sur la serrure connectée, et en moins de trois secondes, un voyant vert est passé au fixe. La porte s'est entrouverte dans un silence absolu.
Nous avons pénétré dans l'immensité luxueuse de la demeure. Le silence y était lourd, à peine troublé par le bourdonnement lointain d'une climatisation centrale. Des œuvres d'art hors de prix ornaient les couloirs aux tapis épais.
— À l'étage, dans l'aile est, c'est là que se trouvent les nurseries sécurisées pour les enfants en transit, a chuchoté Marc en sortant un pistolet semi-automatique de sa ceinture et en engageant un chargeur. Restez derrière moi.
Nous avons grimpé les escaliers en colimaçon faits de verre et de bois précieux, retenant notre souffle à chaque marche. Arrivés à l'étage, une lourde porte blindée flanquée d'un lecteur biométrique bloquait le couloir principal.
— C'est là, a murmuré Marc.
Mais au moment où il s'apprêtait à manipuler son boîtier de piratage, un bruit de pas lourds a résonné au bout du couloir. Victor Vance en personne, vêtu d'un peignoir en soie noire et tenant une tasse de café fumante, venait de sortir de sa suite parentale. Il s'est figé en nous voyant, ses yeux bleus perçants écarquillés de surprise.
— Mais quel magnifique bouquet final, a ricané Vance avec un calme glacial, en posant sa tasse sur une console dorée avant de porter sa main droite vers l'arme dissimulée dans sa poche. Vous auriez dû rester sous terre, Chloé.






