Le réveil a enfin le goût de la paix.
Ce matin-là, les oiseaux chantent gaiement à travers la fenêtre ouverte de notre chambre, tandis qu'une brise légère fait danser les voilages blancs. Je me lève sans la peur au ventre, sans l'angoisse de l'ombre qui guette derrière la porte. Le passé est derrière nous, scellé dans les dossiers judiciaires poussiéreux d'un tribunal qui a condamné les coupables à de lourdes peines de prison fermes.
Je m'approche du berceau en bois clair que j'ai peint moi-même de mes mains. Victoire s'étire doucement, bâille de toutes ses petites dents invisibles, et ouvre de grands yeux curieux qui me fixent avec une intensité bouleversante. Ses yeux ressemblent aux miens, mais il y a en eux une étincelle de résilience qui vient de plus loin, une force forgée dans la nuit et le combat.
Je la prends délicatement dans mes bras, sentant la chaleur de son petit corps contre le mien. Plus personne ne pourra jamais nous séparer. Plus aucun bracelet du destin ne viendra dicter notre route.
Je descends dans la cuisine pour préparer mon café, un sourire léger aux lèvres. Sur la table basse, une enveloppe discrète est posée là, déposée sans bruit par Marc avant son départ définitif. Je l'ouvre d'un geste calme. À l'intérieur, il n'y a pas d'argent, pas de menaces, seulement une petite carte sur laquelle est inscrite une phrase simple de sa main : « Prenez soin de la lumière. Le monde vous appartient désormais. »
Je regarde par la fenêtre, là où l'horizon se découpe en lignes nettes et lumineuses sous le ciel bleu azur de la Provence. La route est longue, mais elle est enfin à nous. Je serre ma fille un peu plus fort contre mon cœur, prête à écrire le premier vrai chapitre de notre vie.






