LE RITUEL DE LA FENÊTRE
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LE RITUEL DE LA FENÊTRE

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L'alarme incendie hurlait dans les couloirs de l'hôpital, projetant des lueurs rouges stroboscopiques à travers le vitrage dépoli de la chambre 312. Le chaos venait de s'emparer de l'établissement. Dans l'obscurité soudaine, mon regard resta rivé sur la scène tragique qui se déroulait en bas, sur le parking inondé par une pluie battante.

Sous la lumière jaunie du réverbère, trois hommes habillés de sombres blousons encerclaient la silhouette de Julien. À cette distance, je pouvais distinguer sa silhouette frêle, acculée contre le grillage métallique qui délimitait l'enceinte du centre hospitalier.

« Julien ! » s'écria Mathilde en se précipitant vers la fenêtre, les poings frappant désespérément contre le double vitrage blindé. « Il faut l'aider, Lucas ! Ils vont le tuer ! »

Mon grand-père tentait de se lever de son lit, mais ses jambes affaiblies par neuf jours de coma se dérobèrent sous lui. Je me précipitai pour le rattraper avant qu'il ne s'effondre sur le sol.

« Papi, reste couché ! Tu es trop faible ! »

« Non, Lucas... », râla-t-il, s'accrochant à la manche de mon blouson avec une énergie du désespoir. « Dans mon coffre-fort... à la maison... le testament originel... Il prouve tout... Julien est l'héritier légitime de la propriété de famille... Rosine veut tout raser pour vendre le terrain à des promoteurs... C'est pour ça qu'elle veut sa mort ! Prends les clés dans ma veste... Vas-y ! »

Il enfonça ses doigts dans ma poche pour me tendre un petit trousseau de clés en cuivre qu'il gardait toujours caché sur lui.

« Je ne peux pas te laisser seul ici ! » protestai-je, déchiré entre l'urgence de sauver mon cousin et la peur d'abandonner mon grand-père à la merci de Rosine.

« Va ! » ordonna Papi d'une voix d'une puissance retrouvée. « Mathilde va me protéger. Le personnel médical arrive avec l'alarme. Protège Julien ! C'est le dernier vœu de ta grand-mère ! »

Mathilde me fixa avec détermination. « Je reste avec lui, Lucas. Je vais verrouiller la chambre de l'intérieur avec les meubles. Fonce ! »

Je n'hésitai plus. Je m'élançai hors de la chambre 312, dévalant les escaliers de secours quatre à quatre au milieu de la cohue des patients paniqués et des infirmiers désorientés par la coupure de courant. Rosine avait sciemment provoqué ce chaos pour neutraliser le système de surveillance et nettoyer le parking sans laisser de traces.

Arrivé au rez-de-chaussée, je poussai violemment la porte d'issue de secours donnant directement sur l'extérieur. Le froid mordant de novembre et la pluie battante me cinglèrent le visage. Mes pieds pataugeaient dans les flaques d'eau alors que je courais à toutes jambes vers le fond du parking.

Au niveau du réverbère, la violence de la scène était terrifiante. Julien était à terre, se protégeant le visage à bout de bras contre les coups de pied de deux hommes de main. Le troisième, un colosse au crâne rasé, tenait une barre de fer levée au-dessus de sa tête, prêt à lui porter un coup fatal.

« Eh ! Laissez-le tranquille ! » hurlai-je en attrapant un extincteur métallique abandonné près du local à poubelles.

Sans réfléchir aux conséquences, je projetai le réservoir d'extincteur de toutes mes forces dans le dos du colosse. L'impact fut violent. L'homme poussa un juron effroyable et s'effondra sur les genoux. Les deux autres agresseurs se retournèrent immédiatement vers moi, leurs regards empreints d'une sauvagerie mercenaire.

« Encore un gamin gênant », cracha l'un d'eux en sortant un cranteur de sa poche. « On va vous enterrer dans le même trou. »

Le cousin que je croyais mort depuis vingt ans réussit à se redresser péniblement. Le visage ensanglanté, ses yeux sombres, d'une ressemblance troublante avec ceux de ma grand-mère défunte, croisèrent les miens.

« Lucas... Fuis... », parvint-il à articuler dans un crachat de sang.

« On ne fuit pas la famille ! » criai-je.

Je ramassai une lourde branche en bois tombée d'un platane et me mis en position de combat. L'homme au couteau s'avança à pas feutrés, faisant miroiter la lame sous la lumière du réverbère. La pluie ruisselait sur nos visages, rendant le sol glissant et traître.

Soudain, le hurlement strident des sirènes de police retentit au loin, se rapprochant rapidement par l'avenue principale. Mathilde avait eu le réflexe d'appeler les forces de l'ordre depuis le poste de garde.

Le bandit au couteau hésita, jetant un regard inquiet vers la rue. « Bon sang, la poularde arrive ! On se tire ! »

Le colosse au crâne rasé se releva péniblement, crachant par terre. « Ce n'est que partie remise, le môme. Ta tante paie très bien pour finir le travail. »

Les trois hommes s'engouffrèrent dans une berline noire aux vitres teintées qui démarra en trombe dans un crissement de pneus strident, disparaissant dans la nuit étampée.

Je me précipitai vers Julien, le soutenant par les épaules alors qu'il s'effondrait de nouveau sous le poids de la douleur et de la fatigue.

« Tu vas bien, Julien ? » demandai-je en essayant de lui éponger le visage avec la manche de mon blouson.

« Papi... Est-ce que Papi va bien ? » murmura-t-il, la voix tremblante d'une émotion contenue depuis deux décennies. « Je voulais seulement qu'il sache... que je ne l'avais pas oublié... que Rosine m'a volé ma vie... »

« Papi sait tout », répondis-je en lui serrant la main. « Il nous a tout dit. Mais nous devons quitter cet endroit immédiatement. Rosine ne s'arrêtera pas là. »

Julien acquiesça péniblement. Mais alors que nous nous relevions pour regagner l'intérieur de l'hôpital, une ombre surgit de l'enceinte sombre du parc adjacent.

C'était Maître Vernier, l'avocat. Il ne portait plus son masque d'homme de loi respectable. Il tenait à la main un pistolet de petit calibre, le silencieux braqué exactement sur la poitrine de Julien.

« Le problème avec les revenants », dit-il d'un ton cruellement calme, « c'est qu'ils doivent retourner dans leur tombe. Donnez-moi ces clés, Lucas. Tout de suite. »

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